Une récente étude, publiée en 2024 par le Dr Élodie Reynier, montre que la présence d’un gériatre au sein du service des urgences hospitalières est bénéfique pour les patients de plus de 75 ans.
La présence d’un gériatre au sein de services d’urgences hospitalières est peu fréquente en France. La direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) en a fait plusieurs fois le constat.
Dans son étude intitulée Urgences hospitalières en 2023 : quelles organisations pour la prise en charge des patients ? publiée en juillet 2024, la Drees relève que la présence d’un gériatre aux urgences est rare. « Il n’y en a quasiment jamais dans les points d’accueil recevant 80 patients ou moins par 24 heures, et 13 % des points d’accueil ayant reçu plus de 120 patients en comptent au moins un. Lorsqu’ils sont présents aux urgences, les gériatres le sont quasi exclusivement en journée en semaine. En revanche, 54 % des points d’accueil peuvent recourir à une équipe mobile gériatrique à défaut d’un gériatre aux urgences, et 76 % indiquent pouvoir faire appel à un gériatre de l’établissement en cas de besoin. »
Pourtant, la présence d’un gériatre au service des urgences serait très utile. C’est la conclusion de la thèse menée par le Dr Élodie Meynier.
Elle a réalisé une étude au Centre hospitalier de Martigues (Bouches-du-Rhône), sur deux séries de 200 patients âgés de 75 ans et plus admis au Service d’accueil aux urgences (SAU), et sur deux périodes distinctes : avant et après la mise en place d’une équipe de coordination gériatrique d’urgence (ECGU) en avril 2021, soit en 2019 et en 2022. Cette équipe ECGU est composée d’un médecin gériatre, de trois infirmières gériatriques d’urgences, d’une assistante sociale et d’une secrétaire.
Il ressort notamment de cette étude comparative une diminution de 37 % d’hospitalisation lors du premier passage aux urgences. Le Dr Élodie Meynier relève également que « le taux d’inadéquation entre le service où le patient est hospitalisé et celui où il aurait dû aller selon son diagnostic » est passé de 29,24 % en 2019 à 13,88 % en 2022, ce qui signifie une baisse d’inadéquation de 52,5 %. Autre élément remarquable : une diminution significative de 65,5 % des réadmissions aux urgences à un mois. L’intervention du service social est, en outre, plus importante, passant de 19 % en 2019 à 47 % en 2022.
« La présence d’un médecin gériatre, au sein des urgences, a un réel impact dans le parcours de soins du patient âgé de plus de 75 ans », analyse Élodie Reynier dans sa conclusion. « Ses connaissances sur les spécificités présentées par ces patients permettent de diminuer les hospitalisations, les réadmissions aux urgences et de mieux orienter le patient. Un parallèle avec la prise en charge pédiatrique peut être fait tant sur le plan médical que sur le plan social et psychologique. La question d’ouvrir des urgences spécifiques réservées aux personnes âgées dans le système de santé français peut se poser et semblerait pertinente, avec un réel intérêt, dans l’activité de soins proposée aux patients ainsi que dans l’aspect économique hospitalier. »
À généraliser, selon la SFGG
L’étude du Dr Élodie Reynier a été présentée lors du dernier congrès de la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), qui s’est tenu du 25 au 27 novembre 2024, à Paris. Lors de cet événement, la SFGG a rappelé que, selon elle, le modèle traditionnel de soins en urgence, principalement orienté vers une évaluation diagnostique rapide, n’était pas adapté aux besoins spécifiques des personnes âgées. S’appuyant sur les résultats positifs observés notamment au centre hospitalier de Martigues, la société savante a estimé qu’il était «impératif de généraliser la présence de gériatres aux urgences à l’échelle nationale».





