La maladie à corps de Lewy, une atteinte de la conscience de soi ?
SELF-MCL - Le Self dans la Maladie à Corps de Lewy : étude comportementale et en neuroimagerie multimodale
100 000 €
La Dre Philippi a étudié l’anosognosie dans la maladie à corps de Lewy, un aspect de la maladie peu étudié.
La maladie à corps de Lewy (MCL) est la deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer. Elle se caractérise par des troubles cognitifs, des fluctuations de l’attention, des hallucinations visuelles, mais aussi des troubles du comportement souvent plus marqués que dans la maladie d’Alzheimer.
Dans ce projet financé par France Alzheimer et maladies apparentées, le docteure Nathalie Philippi et son équipe des Hôpitaux universitaires de Strasbourg se sont intéressées à un aspect encore peu exploré : les modifications de la conscience de soi dans la MCL, et en particulier l’anosognosie, c’est-à-dire le fait de ne pas avoir conscience de sa propre maladie.
L’objectif du projet était de mieux comprendre les changements de la personnalité et du rapport à soi dans la maladie à corps de Lewy, en les comparant à ceux observés dans la maladie d’Alzheimer et chez des personnes sans pathologie neurodégénérative.
Pour cela, les chercheurs ont combiné des évaluations cliniques, des tâches comportementales et des examens d’imagerie cérébrale afin d’identifier les réseaux cérébraux impliqués dans la conscience de soi, avec un intérêt particulier pour une région du cerveau appelée l’insula.
Les résultats montrent qu’il existe dans la maladie à corps de Lewy une altération de plusieurs dimensions du “soi”. Trois composantes principales sont touchées :
le sens subjectif de soi, lié notamment aux sensations internes du corps (intéroception) ;
Le self conceptuel, c’est-à-dire les représentations que l’on a de soi-même ;
la mémoire autobiographique, qui permet de se raconter et de maintenir une continuité de son histoire personnelle.
L’étude montre également que ces différentes dimensions du soi sont étroitement liées entre elles : lorsque les aspects les plus élémentaires du ressenti de soi sont altérés, cela impacte progressivement les dimensions plus élaborées, jusqu’à fragiliser l’ensemble de la construction du “self” dans la MCL.
Sur le plan cérébral, l’insula apparaît comme une région centrale commune à ces différentes composantes de la conscience de soi, aux côtés d’autres régions impliquées dans la mémoire et la cognition.
Ces travaux mettent ainsi en évidence une forme de “distance à soi-même” dans la maladie à corps de Lewy, pouvant expliquer certains changements de comportement et de personnalité observés au quotidien. Cette altération peut également avoir un impact important sur les proches, en rendant parfois difficile la compréhension des réactions de la personne malade.
